samedi 20 novembre 2021

Le pronom "iel"

 https://dictionnaire.lerobert.com/definition/iel

L'écriture inclusive dans le "Petit Robert" : le pronom "iel".....

Fin de notre belle langue française.....


Vocabulaire, temps : l’appauvrissement de la langue nuit à l’intelligence

 

 source  : http://www.contre-info.com/vocabulaire-temps-lappauvrissement-de-la-langue-nuit-a-lintelligence#more-65836

 

 

Les bonnes conditions pour écrire – Mademoiselle Cordélia

Un article, auquel nous n’avons que peu à redire, d’un certain Christophe Clavé :

« […] Les études sont nombreuses qui démontrent le rétrécissement du champ lexical et un appauvrissement de la langue. Il ne s’agit pas seulement de la diminution du vocabulaire utilisé, mais aussi des subtilités de la langue qui permettent d’élaborer et de formuler une pensée complexe.

La disparition progressive des temps (subjonctif, passé simple, imparfait, formes composées du futur, participe passé…) donne lieu à une pensée au présent, limitée à l’instant, incapable de projections dans le temps. La généralisation du tutoiement, la disparition des majuscules et de la ponctuation sont autant de coups mortels portés à la subtilité de l’expression. Supprimer le mot «mademoiselle» est non seulement renoncer à l’esthétique d’un mot, mais également promouvoir l’idée qu’entre une petite fille et une femme il n’y a rien.

Moins de mots et moins de verbes conjugués c’est moins de capacités à exprimer les émotions et moins de possibilité d’élaborer une pensée.

Des études ont montré qu’une partie de la violence dans la sphère publique et privée provient directement de l’incapacité à mettre des mots sur les émotions.

Sans mots pour construire un raisonnement la pensée complexe chère à Edgar Morin est entravée, rendue impossible. Plus le langage est pauvre, moins la pensée existe.

L’histoire est riche d’exemples et les écrits sont nombreux de Georges Orwell dans 1984 à Ray Bradbury dans Fahrenheit 451 qui ont relaté comment les dictatures de toutes obédiences entravaient la pensée en réduisant et tordant le nombre et le sens des mots. Il n’y a pas de pensée critique sans pensée. Et il n’y a pas de pensée sans mots. Comment construire une pensée hypothético-déductive sans maîtrise du conditionnel? Comment envisager l’avenir sans conjugaison au futur? Comment appréhender une temporalité, une succession d’éléments dans le temps, qu’ils soient passés ou à venir, ainsi que leur durée relative, sans une langue qui fait la différence entre ce qui aurait pu être, ce qui a été, ce qui est, ce qui pourrait advenir, et ce qui sera après que ce qui pourrait advenir soit advenu? Si un cri de ralliement devait se faire entendre aujourd’hui, ce serait celui, adressé aux parents et aux enseignants : faites parler, lire et écrire vos enfants, vos élèves, vos étudiants.

Enseignez et pratiquez la langue dans ses formes les plus variées, même si elle semble compliquée, surtout si elle est compliquée. Parce que dans cet effort se trouve la liberté. Ceux qui expliquent à longueur de temps qu’il faut simplifier l’orthographe, purger la langue de ses «défauts», abolir les genres, les temps, les nuances, tout ce qui crée de la complexité sont les fossoyeurs de l’esprit humain. Il n’est pas de liberté sans exigences. Il n’est pas de beauté sans la pensée de la beauté. »

dimanche 18 avril 2021

Mots variables : L'adjectif



Avertissement : je reprends dans les articles de ce blog, les règles de grammaire telles qu'elles étaient enseignées avant les modifications récentes.

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L'adjectif est un mot qui s'ajoute au nom pour le qualifier ou pour le déterminer.

On distingue : 

1) Les adjectifs qualificatifs,

2) Les adjectifs possessifs, démonstratifs, interrogatifs, indéfinis et numéraux.


ADJECTIF QUALIFICATIF


L'adjectif qualificatif est un mot qui s'ajoute au nom pour en faire connaître la qualité :

Enfant STUDIEUX

Tige CRUEL

Marbre POLI


On reconnaît qu'un mot est adjectif quand on peut y joindre un nom de personne, d'animal ou de chose.


FORMATION DU FEMININ DANS LES ADJECTIFS


L'adjectif n'a par lui-même ni genre ni nombre ; mais il varie dans sa terminaison, selon le genre et le nombre du nom auquel il se rapporte.


REGLE GENERALE :

On forme le féminin d'un adjectif en ajoutant un e muet au masculin.

Exemple

Un homme poli. Une femme polie

Un océan glacial. Une mer glaciale.


Exceptions :

Si l'adjectif est terminé au masculin par un e muet, comme honnête, sobre, habile, il ne change pas au féminin.

Exemple

un général habile, une manoeuvre habile.



Les adjectifs terminés au masculin par f changent au féminin f en ve :

vif, vive

neuf, veuve




Les adjectifs terminés au masculin par x changent au féminin x 

en se :

heureux, heureuse


Il faut excepter :  doux, faux, roux, préfix, vieux

qui font au féminin : douce, fausse, rousse, préfixe, vieille.



Les adjectifs terminés au masculin par er forment leur féminin en changeant er en ère :

léger, légère

entier, entière



Les adjectifs terminés au masculin par gu prennent au féminin un e surmonté d'un tréma : 

son aigu,

voix aiguë


Sans le tréma, la finale gu serait muette, comme dans figue, bague.



Les adjectifs terminés au masculin par el, eil, en et, on doublent au féminin la consonne finale et ajoutent l'e muet :

solennel, solennelle

vermeil, vermeille

ancien, ancienne

cadet, cadette

bon, bonne


Exceptions et remarques :

complet, concret, discret, inquiet, replet, secret,

font au féminin :

complète, concrète, discrète, inquiète, replète, secrète



nul, épais, gros, gentil, exprès, profès, 

doublent au féminin la consonne finale et prennent l'e muet :

nulle, épaisse, grosse, gentille, expresse, professe



bras, gras, las, sot, vieillot, pâlot, paysan

suivent également la même règle :

basse, grasse, lasse, sotte, vieillotte, pâlotte, paysanne



Aucun des autres adjectifs en as, ot, an, ne redoublent au féminin la consonne finale :

ras, rase

idiot, idiote

persan, persane



Les adjectifs en eur et en teur, formés d'un participe présent par le changement de ant en eur, font leur féminin en euse :

flatteur, flatteuse (de flattant)

trompeur, trompeuse (de trompant)


Les adjectifs en teur qui ne sont pas formés d'un participe présent changent généralement teur en trice

protecteur, protectrice


Les noms auteur, amateur, professeur, littérateur s'emploient quelquefois adjectivement ; mais comme ils ne s'appliquent ordinairement qu'à des hommes, il ne changent pas au féminin : une femme auteur, professeur, etc....

Majeur, mineur, meilleur, supérieur, inférieur, intérieur, extérieur, antérieur, postérieur, suivent la règle générale : majeure, mineure, meilleure, supérieure, inférieure, intérieure, extérieure, antérieure, postérieure.


Exception :

enchanteur, pêcheur, vengeur 

changent eur en eresse :

enchanteresse, pêcheresse, vengeresse

Chasseur fait chasseresse (style poétique) et chasseuse




blanc, franc, frais, sec, public, caduc, turc, grec, ammoniac,

font au féminin :

blanche, franche, fraîche, sèche, publique, caduque, turque, grecque, ammoniaque




long, oblong, bénin, malin

font au féminin :

longue, oblongue, bénigne, maligne



beau, jumeau, nouveau, fou, mou

font :

belle, jumelle, nouvelle, folle, molle



Pour éviter un hiatus, les adjectifs beau, nouveau fou, mou, vieux, 

se changent en :

bel, nouvel, fol, mol, vieil devant un mot commençant par une voyelle ou un h muet :

un bel enfant, nouvel ordre, fol espoir, mol édredon, vieil habit




favori, coi, tiers, muscat,

font :

favorite, coite, tierce, muscade


Les adjectifs grognon, châtain, partisan, témoin, contumax, dispo, fat, rosat, capot, conservent leur forme masculine même quand ils se rapportent à des noms féminins :

petite fille grognon, chevelure châtain, etc...



























mercredi 14 octobre 2020

Première composition française d'Alphonse de Lamartine âgé de 12 ans

 







J'ai retrouvé, il y a peu de temps, cette composition d'enfant, écrite d'une écriture ronde et peu coulante, dans un des tiroirs du secrétaire en noyer de ma mère : mes maîtres la lui avaient adressée pour la faire jouir des progrès de son enfant. Je pourrais la copier ici tout entière ; je me contente de l'abréger sans y rien changer. J'avoue que, si j'avais à l'écrire aujourd'hui, je la ferais peut-être plus magistralement, mais je ne la ferais peut-être pas avec plus de sentiment du vrai sous la plume. Voici mon chef-d'oeuvre.


«Le coq chante sur le fumier du chemin, au milieu de ses poules qui grattent de leurs pattes la paille, pour y trouver le grain que le fléau a oublié dans l'épi quand on l'a battu dans la grange. Le village s'éveille à son chant joyeux. On voit les femmes et les jeunes filles sortir à demi vêtues des portes des chaumières, et peigner leurs longs cheveux avec le peigne aux dents de buis qui les lisse comme des écheveaux de soie. Elles se penchent sur la margelle du puits pour s'y laver les yeux et les joues dans le seau de cuivre, que la corde enroulée autour de la poulie criarde élève du fond du rocher jusqu'à leurs mains.

«Le vent attiédi de mai souffle, semblable à l'haleine d'un enfant qui se réveille; il sèche sur leurs visages et sur leurs cous les mèches humides de leurs cheveux. On les voit ensuite se répandre dans leurs petits jardins bordés de sureaux, dont la fleur ressemble à la neige qui n'a pas encore été touchée du soleil ; elles y cueillent des giroflées qu'elles attachent par une épingle à leurs manches, pour les respirer tout le jour en travaillant.

«Les hirondelles, qui sont revenues depuis peu de jours des pays inconnus où elles ont un second nid pour leurs hivers, n'ont pas encore pris leur vol; elles sont rangées les unes à côté des autres sur les conduits de fer-blanc qui bordent le toit, afin d'y saluer de plus haut le soleil qui va paraître, ou d'y tremper leurs becs dans l'eau que la dernière pluie y a laissée; on dirait une corniche animée qui fait le tour du toit. Elles ne font entendre qu'un imperceptible gazouillement, semblable aux paroles qu'on balbutie en rêve, comme si ces charmants oiseaux, qui aiment tant la demeure de l'homme, avaient peur de réveiller les enfants encore endormis dans la chambre haute.

«Enfin, le soleil écarte là-bas, du côté du Mont-Blanc, d'épais rideaux de brouillards ou de nuages; l'astre s'en dégage peu à peu comme un navire en feu qui bondit sur les vagues en les colorant de son incendie; ses premières lueurs, qui le devancent, teignent les hautes collines d'une traînée de lumière rose; cette lueur ressemble aux reflets que la gueule du four, où pétillent le buis et le sarment enflammés, jette sur les visages des femmes qui font le pain. Elle ne brille pas glaciale comme pendant l'hiver sur le givre des prés; elle chauffe la terre, et elle essuie la rosée qui fume en s'élevant des brins d'herbe et du calice des fleurs dans les jardins. Le caillou que le rayon a touché est déjà tiède à ma main; le vent lui-même semble avoir traversé l'haleine de l'aurore du printemps; il souffle sur les collines, comme notre mère, quand nous étions petits et que nous rentrions tout transis de froid, soufflait sur nos doigts pour les dégourdir.

«Le soleil monte de plus en plus; il atteint déjà la cime du clocher, dont il fait briller la plus haute pierre comme un charbon; la cloche, ébranlée par la corde à laquelle se suspendent les petits enfants au signal du sonneur, répond à ce premier rayon de soleil par un tintement de joie qui fait tressaillir et envoler les colombes et les moineaux de tous les toits.

«Les femmes qui tirent l'eau du puits, ou qui la rapportent à la maison dans un seau de bois sur leurs têtes, s'arrêtent à ce son de la cloche; elles courbent leurs fronts en soutenant le vase de leurs deux mains levées, de peur que leur mouvement ne fasse perdre l'équilibre à l'eau; elles adressent une courte prière au Dieu qui fait lever un jour de printemps. Les murmures, les bruits, les voix du chemin cessent un moment, et à travers ce grand silence on entend la nature muette palpiter de reconnaissance et de piété devant son Créateur.

«Mais déjà les chèvres et les moutons, impatients qu'on leur rouvre les noires étables où on les enferme pendant la neige, bêlent de plus en plus haut pour qu'on les ramène à leur montagne accoutumée. La mère de famille descend précipitamment l'escalier raboteux de la chaumière; on entend résonner ses sabots de hêtre ou de noyer sur les marches. Elle lève le loquet de bois de l'étable; elle compte ses agneaux et ses cabris à mesure qu'ils s'embarrassent entre ses jambes pour sortir les premiers de leur prison; elle les donne à conduire aux enfants.

«Les petits bergers, armés d'une branche de houx où pendent encore les feuilles, prennent avec leurs chèvres le sentier de rocher qui mène aux montagnes; ils s'amusent en montant à cueillir les rameaux du buis, que le printemps rend odorants comme la vigne, et à cueillir au buisson les fruits verts de cet arbrisseau, qui ressemblent à de petites marmites à trois pieds, amusement et étonnement de leur enfance. Bientôt on les perd de vue derrière les roches, et ils ne reviendront que le soir, quand les chèvres et les brebis traîneront sur les pierres leurs mamelles gonflées de lait.

«Pendant que les troupeaux montent ainsi vers les cimes, on voit briller dans les chaumières, à travers les portes ouvertes, la flamme des fagots allumés par les femmes pour tremper la soupe du matin à leurs maris avant d'aller ensemble à la vigne. Après la soupe mangée sur la table luisante de noyer, entourée de bancs du même bois, on voit les vieilles femmes sortir toutes courbées par l'âge et par le travail. Elles se rassemblent et s'asseyent sur les troncs d'arbres couchés le long des chemins, adossés au mur échauffé par le soleil levant; elles y filent leurs longues quenouilles chargées de la laine blanche des agneaux. Ces quenouilles sont entourées d'une tresse rouge qui serpente autour de la laine. Elles gardent les petits enfants en causant entre elles des printemps d’autrefois.

«Le jeune homme et la jeune femme sortent les derniers de la maison en glissant la clef par la chatière sous la porte; l'homme tient à la main ses lourds outils de travail, le pic, la pioche; sa hache brille sur ses épaules; la femme porte un long berceau de bois blanc dans lequel dort son nourrisson en équilibre sur sa tête; elle le soutient d'une main, et elle conduit de l'autre main un enfant qui commence à marcher et qui trébuche sur les pierres.

«On les suit de l'oeil dans les vignes des coteaux voisins. Ils déposent le berceau de l'enfant endormi dans une charrière (petit sentier creux entre deux champs de vigne), à l'ombre des feuilles larges, étagées de noeuds en noeuds, sur les sarments nouveaux de l'année. L'homme rejette sa veste; la jeune femme ne garde que sa chemise de toile épaisse et forte comme le cuir; ils prennent la pioche dans leurs mains hâlées, et on entend résonner partout sur les collines, jusqu'au milieu du jour, les coups de la pioche de fer luisant, sur les cailloux qui l'ébrèchent. La chemise de la femme (haletante de peine), se colle sur sa poitrine et sur ses épaules comme si elle sortait d'un bain dans la rivière. Au moindre cri de son nourrisson qui s'éveille, elle court s'accroupir auprès du berceau, entr'ouvre sa chemise et donne son lait à l'enfant après avoir donné sa sueur à la vigne.

«Quand le soleil est au milieu du ciel, elle déplie un linge blanc qui préserve le pain et le fromage du sable que le vent y jette; elle étend sur la tranche de pain noir le blanc laitage à moitié durci, entouré de la feuille de vigne et semé des grains luisants du sel gris; ils mangent, essoufflés, l'un à côté de l'autre, comme deux voyageurs lassés d'une longue marche, au bord du fossé de la route, échangeant à peine quelques rares paroles sur les promesses que le printemps fait à la vendange.

«Au pied d'un cep qui l'a distillée l'automne précédent, une bouteille rafraîchie par l'ombre leur verse goutte à goutte la force et la joie. Ils s'endorment après sur la terre qui fume de chaleur, la tête appuyée sur leurs bras recourbés, et ils repuisent leur vigueur dans les rayons brûlants de ce soleil qui sèche leur jeune sueur.
«Le soir, on les entend redescendre en chantant de tous les sentiers des collines, et les petits bergers, qui redescendent avec leur troupeau de la montagne, ramènent à la jeune femme, pour le repas du soir, sa chèvre favorite, les cornes enroulées de guirlandes de buis.»




La composition déjà trop longuement citée se terminait par un hymne au printemps qui gonfle les bourgeons de la vigne, qui promet la grappe, qui distille lentement dans les veines du pampre le vin que l'automne répandra en pourpre sous l'arbre du pressoir, cette liqueur qui réjouit le coeur de l'homme jeune et qui fait chanter le vieillard lui-même, en ranimant dans sa mémoire ses printemps passés.

Mais je n'en copie pas davantage; ces balbutiements d'enfant n'ont de charme que pour les mères.

Quoi qu’il en soit, cette première composition littéraire échappée à une imagination de douze ans, parut aux maîtres et aux élèves supérieure au moins, par sa naïveté, aux redites classiques de mes condisciples ; on y reconnaissait l’accent, on y entendait le cri du coteau natal sous le soleil aimé du pauvre villageois du Midi.






Cours Familier de Littérature (Volume 1)
 Alphonse de Lamartine

jeudi 2 juillet 2020

Le loup et le chien (LA FONTAINE)


 


Le loup et le chien





Un Loup n'avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.
L'attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l'eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le Loup donc l'aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu'il admire.
" Il ne tiendra qu'à vous beau sire,
D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d'assuré : point de franche lippée :
Tout à la pointe de l'épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. "
Le Loup reprit : "Que me faudra-t-il faire ?
- Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse. "
Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
" Qu'est-ce là ? lui dit-il. - Rien. - Quoi ? rien ? - Peu de chose.
- Mais encor ? - Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
- Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? - Pas toujours ; mais qu'importe ?
- Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. "
Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor.





samedi 23 novembre 2019

PEUT-ON SE PASSER DU PASSÉ SIMPLE ?




source : http://www.bvoltaire.com/on-se-passer-passe-simple/



Faire disparaître l’usage du passé simple de l’enseignement, c’est appauvrir volontairement l’expression de la pensée et donc la pensée elle-même.

On n’enseigne plus guère le passé simple à l’école. Trop compliqué, archaïque, voire élitiste ! À la rigueur, les troisièmes personnes du singulier et du pluriel. C’est comme le subjonctif imparfait, qui a pratiquement disparu depuis que l’on entend moins Jean-Marie Le Pen à la télévision. Le subjonctif ? On s’en balance. L’important n’est-il pas qu’on se comprenne ?
Le mal est plus pernicieux qu’il n’y paraît. Une langue est d’autant plus riche qu’elle permet d’exprimer sa pensée avec plus de justesse. Et une pensée est d’autant plus pauvre qu’elle dispose d’un vocabulaire sommaire, d’une morphologie réduite et d’une syntaxe minimale. 
Méconnaître le passé simple, ne pas l’enseigner, c’est limiter l’accès aux grands textes littéraires. Sans passé simple, on ne peut comprendre la poésie de ces vers de Racine dans Phèdre : « Ariane, ma sœur, de quel amour blessée, / Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée ! » Pourquoi parler ainsi ? Il aurait dû écrire : « Vous êtes clamsée parce qu’un mec vous a lâchée ! »Mais on sait qu’aujourd’hui, pour beaucoup, la langue de Racine est devenue du chinois. 
Cherchez sur Internet des lettres de poilus pendant la guerre de 14-18 : nos aïeux connaissaient le passé simple et l’utilisaient couramment. Voici le premier exemple sur lequel je suis tombé : « Nos voisins d’en face tinrent mieux leur parole que nous. Pas un coup de fusil. On put travailler aux tranchées, aménager les abris comme si on avait été dans la prairie Sainte-Marie. Le lendemain, ils purent s’apercevoir que ce n’était plus Noël, l’artillerie leur envoya quelques obus bien sentis en plein dans leur tranchée. »
Eh oui ! Malgré la guerre, dans leurs tranchées, ils employaient le passé simple. 
Qu’on ne dise pas que c’est un temps trop difficile à apprendre ! Certes, nous sortons de décennies de pédagogie où il est mal vu – parfois même par l’inspection – d’en demander trop aux enfants. La littérature de jeunesse, les articles de presse, les publicités remplacent les grands textes, dont certains sont tout à fait à leur portée. J’entends des partisans de la pédagogie nouvelle faire « Pouah ! » à l’idée de transmettre ce qu’ils appellent une littérature d’« héritiers ». 
Pas étonnant qu’ils n’apprécient guère le nouveau ministre, qui offrit à des élèves de CM2 un recueil des Fables de La Fontaine ! Quel réactionnaire !
Rien de plus facile, pourtant, que d’apprendre à des élèves de tous niveaux les emplois, voire les subtilités, du passé simple. On explique souvent que, contrairement à l’imparfait, qui exprime la durée ou la répétition, le passé simple a une valeur ponctuelle. Citez-leur ce vers de Victor Hugo, décrivant la fuite de Caïn, poursuivi par sa conscience : « Il marcha trente jours, il marcha trente nuits. » Ils comprendront aisément que le passé simple peut aussi exprimer la durée et seront tout étonnés de cette découverte.
Le passé simple participe de la richesse de la langue française. Oui, on peut s’en passer et se contenter de ce qui est strictement utile pour communiquer. « L’endroit le plus utile d’une maison, ce sont les latrines », écrivait Théophile Gautier, qui dénonçait, déjà au XIXe siècle, les excès de l’utilitarisme.
Faire disparaître l’usage du passé simple de l’enseignement, c’est appauvrir volontairement l’expression de la pensée et, donc, la pensée elle-même. Sans doute peut-on vivre sans passé simple, à condition d’accepter que notre patrimoine linguistique se détricote. On cède sur l’orthographe, on cède sur le subjonctif, on cède sur le passé simple et, à la fin, il ne reste plus rien !